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Crise politique au Togo : Les principaux points d’achoppements pour l’ouverture d’un dialogue


Jean Pierre Fabre et Albert Kan-Dapaah

La crise politique au Togo tend-t-elle vers sa fin ? C’est ce que, sans aucun doute, la majorité des Togolais souhaite. Mardi dernier, un envoyé spécial du président ghanéen Nana Akufo-Addo a mené les tractations à Lomé en vue de l’ouverture prochaine d’un dialogue. Il a notamment rencontré les protagonistes de la crise. Mais les premières déclarations au sortir de l’entrevue avec l’émissaire ghanéen, laissent entrevoir que Nana Akufo-Addo a du pain sur la planche.

Une crise sociopolitique secoue le Togo depuis bientôt trois mois. Une coalition de 14 partis politiques de l’opposition  à savoir Cap2015  – Groupe de Six- Car – Pnp- Santé du Peuple réclame : le retour à la Constitution originelle du 14 Octobre 1992, la révision du cadre électoral et l’instauration du droit de vote des Togolais de l’étranger.

Pour obtenir gain de cause, la Coalition organise depuis deux mois des manifestations à travers tout le pays. Des manifestations qui ont déjà fait officiellement une quinzaine de morts et des centaines de blessés. Du côté du pouvoir, à la veille des premières manifestations, un projet de loi visant à modifier la constitution portant limitation du mandat présidentiel à deux et le mode de scrutin à deux tours, a été envoyé expressément à l’Assemblée Nationale. Mais l’opposition a rejeté ce projet de loi et campe sur sa position. Alors le pouvoir a choisi la voie référendaire pour modifier la constitution. Une option, que plusieurs observateurs nationaux et internationaux ont jugée suicidaire.

C’est dans ce contexte que la France et les Etats Unis ont demandé l’ouverture d’un dialogue pour résoudre la crise. En effet, la France a appelé, le mercredi 25 octobre 2017, l’opposition et le gouvernement à « un dialogue immédiat » pour aboutir à des réformes politiques. Dans un communiqué publié par le département d’Etat, les Etats-Unis ont eux aussi encouragé « le gouvernement et l’opposition à engager un dialogue, ce qui est la seule solution à l’impasse actuelle ». Même son de cloche du côté de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). En marge d’une réunion de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à Niamey, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a exhorté les mêmes acteurs à ouvrir des « négociations » en vue de sortir de la grave crise politique qui secoue le pays.  C’est justement, les Chefs d’Etat de l’institution sous régionale qui ont mandaté, le président ghanéen pour entamer les discussions avec les deux parties pour ouvrir un dialogue. A cet effet, les tractations qui ont commencé il y a quelques jours, s’accélèrent avec la venue à Lomé de Albert Kan-Dapaah, ministre ghanéen de la Sécurité.

Une médiation difficile…

C’est le moins que l’on puisse dire. Si pour Albert Kan-Dapaah, « le temps est désormais propice au démarrage d’un dialogue entre les deux parties », reste que pour les deux parties protagonistes les positions demeurent intactes. Avant d’aller à la table des négociations, la Coalition dresse des préalables notamment la libération de l’ensemble des détenus politiques, la libération des détenus dans l’affaire des incendies des marchés du Togo, la levée des contrôles judiciaires sur tous les acteurs politiques et de la société civile entre autres Me Zeus Ajavon, Jean Eklou et la levée du siège des villes de Sokodé, Bafilo et Mango au nord du pays. Des exigences, sur lesquelles elle n’attend pas revenir.  Selon, les sources concordantes « Jean-Pierre Fabre s’est montré particulièrement exigeant sur tous les points précités qui devraient permettre selon lui d’avoir un climat apaisé pour que le probable futur dialogue puisse se dérouler dans des conditions satisfaisantes ». D’un autre côté, les leaders de l’opposition estiment avoir fait un pas en réduisant le nombre de jours de manifestions de 5 à 3 contrairement à ce qui était prévu. On parle également de l’annulation des manifestations à Sokodé. Au niveau du pouvoir, l’on brandit également certaines mesures pour apaiser la situation en l’occurrence la libération de certains manifestants arrêtés, jugés et incarcérés lors des précédentes marches et la levée du contrôle judicaire du Chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre dans l’affaire des incendies des marchés de Lomé et Kara.

 « Ces discussions qui s’entament ne sont que des préliminaires et il y a encore du chemin à faire. Il faut donc que nous soyons suffisamment ingénieux pour trouver les voies et moyens pour ramener la sérénité et pour trouver les solutions qui donnent satisfaction au peuple togolais », a déclaré Nathaniel Olympio, président par Intérim du Parti des Togolais, il y a deux jours. Pour lui, le fait que l’actuel Chef de l’Etat n’a pas intégré la notion de devoir quitter un jour le pouvoir pose problème. Puisque, c’est l’une de leurs revendications. Selon lui, il sera très difficile aujourd’hui de revenir dire au peuple togolais que le chef de l’Etat ne pourra pas partir.  « Ce ne serait pas acceptable », a-t-il prévenu. Dans ce sens, entre le pouvoir et l’opposition qui va céder sur les principales revendications ? L’autre problème qui se pose c’est de savoir quand et où aura lieu le dialogue.

Avec qui ? Quand et où ?

Lors de la rencontre avec l’émissaire du président ghanéen, la Coalition a proposé la date du 1er décembre pour un démarrage effectif des pourparlers et a exigé qu’ils se déroulent au Togo auprès des populations afin qu’elles soient informées en temps réel. La médiation propose par contre le 27 et le 29 novembre pour le début du dialogue. Si les questions de quand et où peuvent rapidement trouve une réponse, une autre interrogation risque de faire trainer le début du dialogue.

Dans un communiqué daté du 06 novembre 2017, le gouvernement a annoncé prendre «  les dispositions nécessaires pour l’ouverture, à Lomé, d’un dialogue avec l’ensemble de la classe politique togolaise ». Pour la Coalition de l’opposition, elle seule est habilitée à discuter avec le pouvoir. Dans le sens où, c’est elle qui a été à l’origine des manifestations. Sur ce point, les leaders de la Coalition sont catégoriques. Ils prévoient même seulement 7 représentants du côté du pouvoir comme celle de la Coalition pour entamer le dialogue.

Face à ces situations, la médiation s’annonce ardue pour Nana Akufo-Addo. Ainsi, pour sortir son voisin de l’embarras, le président ghanéen a dû faire preuve d’une grande sagesse. Et pour y arriver, ses talents d’ancien diplomate lui seront sans aucun doute nécessaires.

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